Les effets inattendus ? du déconfinement

par Florine Oury
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Lors d’une réunion avec quelques psychologues du projet COVID19-Soutien, notamment Noëllie Dunand, Sophie Abis, Malika Pellarin, Julia Pichard et Patricia Ryser, nous avons discuté de l’évolution de la crise sanitaire liée au coronavirus, notamment au sujet du déconfinement.

Vivement le déconfinement !

Le déconfinement a fait rêver beaucoup de monde pendant des semaines ! Chacun-e a pu s’imaginer ce qu’il ou elle ferait dès que tout sera fini : aller voir ses proches, faire une grande fête, en famille, ou entre amis, aller voir ses copains et boire un verre ou se faire un bon resto, ou encore faire un barbecue géant ! Tant d’idées nous ont traversé l’esprit…

Jusqu’au jour de la désillusion…

Soudain, vous vous rendez compte que cette étape du déconfinement, vous n’avez pas pu l’envisager, on est dans une période transitoire, et c’est le semi-déconfinement qui l’emporte. L’incertitude reste très présente. Ainsi on doit mettre un masque dans le train, mais pas au supermarché. On ne peut pas manger avec ses collègues au boulot, mais on peut se rejoindre dans le restaurant en face – à condition de ne pas être plus de 4 à table. Mais pas tous, certains restaurants ou tea-room ont décidé de rester fermés, estimant pas rentable d’ouvrir dans de telles conditions.

A la crèche ou à l’école, l’ambiance est irréelle, déshumanisée. On impose aux enfants des distances de sécurité, le personnel ne peut pas toucher les enfants, ni les réconforter. Les activités sont réduites, voire certaines supprimées. Certains enseignants sont en panique, et ne font pas confiance aux grandes décisions.

Cour de récréma journée après le confinement

Il y a aussi les parents qui refusent de laisser leurs enfants retourner à l’école, par crainte qu’ils attrapent le virus de la COVID-19. En France et en Belgique, de nombreuses communes décident d’aller contre les recommandations de réouverture en laissant les écoles fermées plus longtemps, parce qu’elles ne remplissent pas les conditions d’accueil recommandées.

Toutes ces interrogations, ces questionnements, ces comportements contradictoires sont principalement dus au degré d’incertitude, au fait que les autorités manquent parfois de cohérence ou de logique dans leurs directives. Nous nous perdons dans les informations, nous ne savons pas à qui faire confiance. Tout cela impacte l’état d’anxiété générale de la population et c’est normal !

Alors chacun va adapter ses stratégies propres, en pensant que ce qui est le mieux pour lui pourra être le mieux pour tout le monde. On assiste alors à des scènes de violences verbales dans les rues ou les supermarchés, chacun-e voulant imposer sa façon de faire ou de voir aux autres. Les gens se méfient, se regardent de travers, s'évitent systématiquement ou pas du tout, certains ont peur de mettre un masque et n’osent pas de peur qu’on les juge, et d’autres ont peur de ne pas le mettre.

Alors comment évoluer sereinement dans une ambiance si étrange ?

Je pense que ça passe beaucoup par l’acceptation. L’acceptation de ne pas avoir le contrôle sur la situation, l’acceptation que chacun-e peut avoir ses propres idées sans être totalement dans le faux. Accepter, ce n’est pas facile, et c’est normal que ce ne le soit pas, il faut donc essayer, s’entraîner, se reprendre… Chaque personne vit la crise à sa manière et après les formidables élans de solidarité nés en mars, il serait tellement bénéfique de continuer, et de garder à l’esprit une certaine tolérance vis-à-vis des autres, accepter que chacun-e puisse penser différemment, en fonction de ses propres expériences, de ses propres ressources, et de son propre vécu.

La période est globalement propice à la protection de tous, cela passe aussi par l’acceptation des différents points de vue. Je trouve d’ailleurs plus positif et réaliste de parler de gestes de protection, plutôt que de gestes « barrières ». Parler de gestes « barrières » envoie un message assez négatif au cerveau. Inconsciemment, il intègre qu’il doit mettre des « barrières » entre lui et les autres, qu’il doit s’enfermer, construire des murs – réels ou imaginés -

On touche là à la notion des libertés également. D’une société relativement respectueuse des libertés individuelles, on est passé en quelques mois à une société où règne la peur, le jugement, la délation. De plus en plus de personnes commencent à souffrir de cette atteinte à leur liberté et c’est tout à fait compréhensible. Il faut temporairement placer son curseur « liberté » à un autre niveau, pour encore une fois, accepter certaines mesures, en gardant à l’esprit qu’elles doivent absolument rester temporaires et exceptionnelles ! 

Benjamin Franklin disait très justement : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. »

Si nous restions dans le respect de soi, dans le respect de l’autre et dans un esprit de tolérance face à la frustration que tout cela peut générer, alors cette période devrait se dérouler de manière plus sereine, et vous permettre de patienter, en attendant les jours meilleurs qui reviendront, soyez-en sûr-e !

De notre côté, le Cabinet T.AMADEUS a mis quelques mesures en place, pour pouvoir vous accueillir dans les meilleures conditions.

En attendant, la plateforme COVID19-Soutien est toujours disponible, vous pouvez y aborder gratuitement et en toute confidentialité tous les sujets touchant la crise sanitaire actuelle avec des psychologues bénévoles via tchat ou vidéotchat.

Suivez-nous aussi sur Facebook et Instagram et partagez le service autour de vous, vous pourriez, sans le savoir, aider grandement une personne en détresse qui se trouve dans vos contacts...

Logo final

Réouverture du cabinet après le confinement...

par Florine OURY
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En cette période particulière liée au COVID-19, le cabinet T.AMADEUS est resté actif, notamment au travers de l'initiative de Florine Oury d'ouvrir une plateforme de soutien psychologique gratuite et anonyme. Malheureusement, notre cabinet a dû fermer ses portes pendant plusieurs semaines. Nos psychologues ont alors assuré leur consultation principalement à distance, via téléphone ou visioconférence. Cela n'a pas été de tout repos, mais nous sommes fiers d'avoir pu fournir ce service !

Depuis lundi 4 mai, le cabinet a pu rouvrir ses portes et a le plaisir de pouvoir de nouveau vous accueillir à Bulle et à Romont.

Pour ce faire, nous avons mis en place des mesures de protection, pour le confort de tous. Après réflexion, l'utilité des masques est indéniable, mais ne nous a pas semblé opportune pour un cabinet de psychologie, où l'espace est grandement consacré à la parole.

protection small

Nous avons donc mis en place des protections en verre, qui permettent de pouvoir échanger avec votre psychologue sans avoir à vous tenir trop à distance.

Voici également quelques précautions à prendre avant de venir à votre séance :

précautions à prendre

 

Du rétablissement aux ajustements

par Grégory Dessart
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LE RÉTABLISSEMENT

Le rétablissement peut être compris comme l'atteinte, à nouveau, d'un état de santé après être passé par un état de maladie. Il en va de même pour les difficultés psychiques. Le mouvement du rétablissement (Recovery Movement) part du principe qu'il est possible de se rétablir de "maladies" psychiques graves, et que la personne ne doit pas être réduite à son "trouble".

Le diagnostic est une manière de caractériser le fonctionnement d'une personne à une période de vie donnée, et ne doit pas devenir une prophétie, c'est-à-dire qu'il ne doit pas tomber comme une règle prospective pour le reste de la vie de la personne. Il s'agit de ne pas stigmatiser, discriminer, ni isoler les personnes qui auraient reçu un diagnostic par des professionnels de la santé mentale.

Le Recovery a proposé un changement de "lunettes": il insiste sur la nécessité de méthodes centrées sur la personne et son auto-détermination, sa résilience, sa capacité à faire face à l'adversité, plutôt que de ne voir que des déficits. Il propose d'envisager les soins de santé mentale sur la même base, celle du rétablissement, que les soins de santé généraux.

NOS TENDANCES

Dans un post précédent, j'abordais la question de la tendance que chacun-e peut avoir vers une psychopathologie connue. On peut y regarder comme ceci: si on prend la phobie sociale, par exemple, on constate que l'on peut tout-e-s  ressentir de l'anxiété dans des situations sociales, à divers degrés et ceci peut-être plus ou moins invalidant; si on prend la dépression, on peut identifier différents niveau de déprime, d'inactivité et de manque d'énergie, entre une forme olympienne et un état dépressif qui nous handicape à longueur de journée. Il est donc question d'intensité, de fréquence, de durée et de souffrance associée, ou non.

Bien sûr, il ne s'agit pas non plus de nier la souffrance extrême à laquelle font face des personnes chez qui une tendance se serait manifestée sous une forme tellement invalidante que l'ensemble de leur vie actuelle tourne autour de ces difficultés. Il revient surtout à ne pas mettre un voile sur la possibilité que nos différentes tendances nous amènent un jour à un tel degré de difficultés. Pour cela, il est bon d'apprendre à se connaître, et surtout d'en tenir compte dans nos prises de décision et nos actions au quotidien.

UN ENTRE-DEUX PORTEUR

Une vision reposant sur ces deux approches en les combinant, et que je partage, consiste à identifier des tendances personnelles vers certaines psychopathologies, de sorte à en tenir compte dans notre quotidien, et à orienter nos actions parmi ces tendances, d'une part, et vers nos objectifs et valeurs, d'autre part - à compter qu'il y aurait discordance entre les deux, ce qui n'est pas nécessairement le cas.

Admettons que j'aie identifié une de mes tendances, qui serait de vivre des émotions douloureuses et à m'isoler, et que cet isolement active en retour de telles émotions. Disons que cette tendance est générale, et m'amène à cet état (vécu émotionnel pénible et isolement) si je n'agis pas dessus, si je "laisse aller" les choses. Si mon but est d'être actif, de me sentir en forme et d'être entouré mais pas trop, il serait peut-être pertinent pour moi d'ajuster ma participation à des activités sociales, jusqu'à ce qu'elles me comblent, de clarifier mes objectifs afin de pouvoir savoir quand je suis "dans le bon" par rapport à ce que je souhaite, de prévoir des moments de relâche pour ne pas me "brûler", etc.

Un autre exemple pourrait être que j'ai tendance à être rêveur-se, à "déconnecter" et partir dans mes pensées. Je pourrais en souffrir si j'avais l'impression de ne pas voir le temps qui passe et de laisser s'accumuler des tâches qui ensuite me submergent. Supposons que la mise en place de moments de méditation m'aide à me fixer dans le présent et à gérer mes tâches en temps voulu. Très bien. Toutefois, il se peut que je ne me reconnaisse pas tout à fait, et que je ne puisse me passer de cette tendance à "rêvasser", parce qu'elle me caractérise ainsi qu'elle me permet d'être prolifique dans mes créations artistiques - on voit au passage, que nos tendances peuvent bien sûr être adaptatives. Il s'agira alors d'être aussi concrèt-e que possible dans mes besoins et les situations/moments où ma tendance habituelle (rêver) est souhaitée et les autres fois où ma nouvelle tendance à être bien ancré-e dans le présent est nécessaire.

Il n'y a pas de solution miracle, et nous nous situerons toujours dans des entre-deux, des compromis, une dialectique, qui nous convient suffisamment. Il n'y a pas non plus de "remède" général, et il est primordial de tenir compte de nos tendances à chacun-e, avec nos particularités, qu'elles nous plaisent ou non (on est loin du moi idéal, même s'il peut être un guide!), et dans cette imperfection, nous pourrons nous rapprocher un peu plus de ce à quoi nous aspirons. Il ne s'agit pas d'une route toute droite et toute tracée.

Un parallèle peut être fait avec le sport et les objectifs de course, par exemple. Il est bien plus profitable, en général, de connaître son fonctionnement, ses faiblesses perçues et de mettre en place des stratégies qui en tiennent compte, plutôt que de "s'acharner" à tout prix en niant la réalité, nos limites et nos blessures, existantes (exprimées par des douleurs actuelles) et passées (points de vulnérabilité pouvant mener à de la douleur dans le présent).

POUR CONCLURE

Entre le rétablissement de ce qui serait un "trouble" et des tendances multiples, je prends la posture de la résilience et de l'adaptation spécifique à/de chaque personne. Il s'agira toujours pour moi de considérer l'unicité de chaque personne, dans une perspective positive et constructive, et face à des situations concrètes. Il n'y a pas de "bien" ou de "bonheur" dans l'absolu, mais dans des situations réelles. Il n'y a pas de stabilité figée, mais du potentiel à exprimer.

Grégory Dessart
Psychologue FSP

A quels changements provoqués par cette période extraordinaire faisons-nous face personnellement ?

par Eliana Da Silva, Gregory Dessart et Florine Oury
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Trois pistes de réponses de nos psychologues à cette question…

Grégory Dessart…

La situation actuelle de distanciation sociale et de semi-confinement a suscité une réorganisation plus ou moins majeure pour l’ensemble de la population. Nos habitudes ont été changées, et peut-être que nos nouvelles routines n’ont pas encore pris place. Nos rôles sociaux parfois s’entrecroisent, et certains sont peut-être en suspens. Naturellement, nous recherchons une forme d’équilibre, que ceci soit réfléchi ou non.

Construction de sens (« meaning making »)

Nous réagissons différemment à ces changements et réaménagements. Aussi, chaque cas de figure est particulier, avec ses qualités propres. Ceci peut venir perturber notre représentation du monde, et la manière dont nous y amenons du sens.

Il y a une facette dite « locale », c’est-à-dire que ces changements interfèrent avec certaines croyances que l’on pouvait avoir. Par exemple, la situation actuelle est perçue comme un ensemble de changements temporaires avant un retour à la normale. Cette façon de voir ne challenge pas outre mesure nos représentations du monde.

Ensuite, il y a une facette dite « globale », pour laquelle nos représentations fondamentales du monde, de notre vie sont challengées. Par exemple, celles-ci peuvent concerner notre système familial, avec des rôles que nous percevons comme à tout jamais changés, ou le fait de faire face au deuil de personnes proches. Nous pouvons ressentir que nous avons perdu tout espoir en l’avenir, et que « ce ne sera plus jamais comme avant ». La situation ici a des implications plus profondes sur notre système de croyances. Lorsque c’est cette facette globale de notre vision du monde qui est ébranlée, nous avons souvent un besoin accru d’aide, que celle-ci viennent de professionnel-les ou autres.

Réponse dominante

Durant cette période, j’entends beaucoup que des personnes voient leurs « vieux démons », leurs vieux scripts ressurgir à la surface. Ceux-ci peuvent être, par exemple, la tendance à ruminer, des conduites auto-dommageables, la consommation immodérée d’alcool, vérifier compulsivement ce qu’on vient de faire, etc. Il pourrait être important d’identifier leur impact, à court terme... et à long terme ! Par exemple, cela peut faire diminuer très brièvement une angoisse, mais causer une tristesse et un sentiment d’isolement qui perdurent à mesure que nous posons ces conduites. Il peut être utile de repérer les conduites qui ne nous conviennent pas, mais que nous avons de la peine à changer, et tenter d’identifier leur fonction : qu’est-ce que cela provoque sur le moment ? quelle forme de satisfaction ? qu’est-ce qui a précédé ? quand et en présence de qui ?

Normaliser

Il ne s’agit pas nécessairement d’un « retour en arrière ». Ces conduites représentent une forme d’adaptation que nous avons développée en réponse à des événements dans le passé. Ce sont probablement des réponses dominantes face à l’altérité, au stress, à la frustration, etc. Elles sont adaptées, jusqu’à un certain point... mais nous causent, au final, souffrance. Nous pouvons les voir comme des indicateurs d’où notre corps nous emmène, et une opportunité pour développer des alternatives et agrandir notre répertoire de réponses possibles.

Pour conclure

Nous cherchons souvent à donner du sens aux événements qui surviennent, et c’est bien normal. Dans cette construction de sens, nous recherchons un équilibre. Les réponses les plus évidentes sont nos réponses dominantes, et celles-ci impliquent parfois nos « vieux démons », remplissant une fonction face à ce qui nous arrive. Ils sont une occasion pour nous de continuer à mieux nous connaître et à étendre nos possibilités d’action.

Florine Oury…

L’incertitude

Nous sommes dans une situation dite « extraordinaire » qui, par définition, n’a rien de normal. Les changements ont été très brutaux et se sont imposés sans que l’on puisse vraiment chacun donner son avis, et sans même vraiment bien comprendre pourquoi de tels changements semblaient nécessaires. S’ensuit alors un climat d’incertitude assez général auquel il peut être difficile de faire face, et ce pour plusieurs raisons :

  • On sait qu’en temps normal mettre en place un changement – encore plus quand il est radical – prend beaucoup de temps et déclenche une forte résistance au changement chez les personnes, qui peinent à l’intégrer.
  • Personne n’a été préparé à un tel degré d’incertitude, cette impression de ne plus avoir le contrôle sur ce qu’il se passe dans nos vies peut être difficile à accepter, et c’est très anxiogène. Certaines personnes ressentent par exemple ce confinement comme un séjour en prison, elles ont cette peur de la privation des libertés - de leur liberté personnelle - qui est omniprésente.

Chacun réagit différemment. Ainsi, alors que certaines personnes vont accepter cette situation, se plier au changement sans trop de difficulté, d’autres vont se sentir contrariés, et résistants à l’opinion générale. Ces deux ressentis sont opposés et extrêmes et se placent comme les pôles d’un continuum, continuum sur lequel chacun va se positionner différemment, selon les jours, selon les heures, selon les dernières informations qu’ils auront perçues comme essentielles.

Incertitude

Résistance <----------------> Acceptation

Ce qu’il est important de comprendre dans cette explication, ce n’est pas les oppositions mais plutôt que toutes les réactions sont légitimes ! De par cette forte incertitude finalement, personne ne peut dire « moi je sais », personne ne réussit à rassurer tout le monde, et d’ailleurs les différentes informations provenant du monde entier sont tellement contradictoires qu’il est difficile de se positionner clairement.

Cette période est aussi propice à la re-centration. De plus en plus de témoignage sur la toile tente d’axer positivement ce break imposé : les gens se redécouvrent, prennent enfin le temps qu’ils ne prenaient plus depuis des années, ils apprécient en quelque sorte cette routine « cassée » temporairement et se fixent sur des choses plus essentielles à chacun.

Là où l’incertitude semble avoir le plus gros impact peut être sur les personnes auparavant fragiles, ou encore chez les soignants : ils ne savent pas s’ils sont bien protégés, ils manquent de matériel, ils manquent d’informations, les consignes sont changeantes - il n’y a pas du tout de visibilité à plus d’un jour.

La difficulté à se projeter est donc un point essentiel, la gestion d’un tel degré d’incertitude peut être difficile pour certaines personnes : les différentes peurs – peur d’être malade, peur de mourir, peur de perdre un proche, peur du confinement – empêchent l’être humain que nous sommes d’envisager notre futur sereinement, et déclenchent beaucoup d’anxiété anticipatoire. Les gens sont anxieux vis-à-vis du futur. Leurs pensées sont essentiellement centrées vers un futur potentiellement menaçant. On n’a pas été préparé à ça et il est normal que certains se sentent désarmés. Il faut alors essayer de stopper ces pensées négatives pour éviter qu’elles ne s’installent trop durablement, en se refocalisant sur ce qu’on était en train de faire par exemple et en se rappelant que tout cela n’est que temporaire.

Eliana Da Silva…

Confinés seul, en couple ou en famille, la situation actuelle amène des changements pour tout le monde. « Si le confinement est une protection physique, il peut être vécu comme une agression psychique » (Boris Cyrulnik).

Par ces quelques lignes j'aimerais aborder deux notions afin de définir les difficultés et les changements provoqués par cette période extraordinaire de confinement : intimité et appartenances. J'ai eu le plaisir d'assister à la Web-conférence « Les défis du confinement », animée par R. Neuburger et j'aimerais partager son point de vue qui illustre bien les plus grands changements que je vis actuellement en temps de confinement. En effet, pour ma part, le plus difficile a été de me réinventer dans le temps et dans l'espace avec mari et enfants et de m'adapter au nouveau rythme que le confinement nous amène.

Intimité

L'intimité est un droit et c'est disposer d'un territoire dont nous sommes le gérant, où personne n’accède sans notre autorisation. Encore, « disposer d'un territoire d'intimité est ce qui donne consistance au sentiment d'exister d'un groupe, d'une famille, d'un individu ». En temps de confinement les territoires deviennent limités et la revendication d'espace est un problème surtout lorsqu'on vit confinés dans un appartement et en famille. L'intimité devient donc le grand facteur des difficultés du confinement et la proximité est un danger potentiel pouvant amener différents types de violences (violence entre enfants, violence entre couples, violence entre enfants/ados-parents). Le danger des violences en temps de confinement est qu'il n'y a aucun regard extérieur sur ce qui se passe à l'intérieur. Dès lors, l'intervention d'un tiers est fondamentale – loi, institution ou simplement un membre de famille extérieur à l'institution familiale, un ami ou un voisin bienveillant.

Pour ce qui est de l'intimité individuelle, un coin ou parfois un tiroir sont suffisants lorsqu'on n'a pas la chance d'avoir une maison et offrir la possibilité à chaque membre de la famille d'avoir une pièce qu'il gérera à son gré. Face aux nouveaux changements, nous devons (ré)apprendre à co-habiter et attendre de ce moment de confinement pour refaire connaissance avec soi, en famille, entre partenaires, entre fratrie et entre parents et enfants... Installez des nouvelles méthodes de communication, de nouveaux rituels, apprenez à relativiser le temps et prenez du temps pour vous...

Appartenance

En temps de confinement, les appartenances deviennent limitées et les liens sociaux sont attaqués. Dès lors, quelles autres appartenances, quels autres liens puis-je m'attribuer en dehors de ceux avec ma famille, de mon couple ? Se connecter davantage et faire partie d'un groupe de sport, de lecture, de musique, un coup de fil à un ami... sont des activités qui donnent de la consistance à notre sentiment d'exister et qui sont complémentaires à l'appartenance familiale.

Propositions pour bien vivre le confinement…

  • Se nourrir intellectuellement et pratiquer du sport sont des formes de lutte contre l'ennui et les angoisses. On peut le faire en ligne, seul ou en groupe. Lisez un livre et partagez vos ressentis avec un ami ou en ligne afin que les autres bénéficient de votre connaissance. Soyez créatifs, nous avons tous des dons, des forces et des capacités.
  • Rythme et planification: manger et dormir à des heures régulières, c'est le protocole que notre Fédération propose et que j'applique dans mon quotidien, m'aidant à m'orienter dans le temps et l'espace.
  • Pour ce qui est de l'appartenance familiale, afin de renforcer son identité et prévenir les violences intra-familiales, R. Neuburger propose des réunions de famille où chaque membre donne son avis, son opinion et où la famille agit en tant que membre d'un groupe. Cela invite chacun à s'identifier et à renforcer son sentiment d'appartenance familiale où les gens s'entraident.

Et vous, quelle est votre force et qu'avez-vous appris en temps de confinement ?

Que faire face au stress de la situation COVID-19 ?

par Florine Oury
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Une part importante de l’anxiété ressentie par un individu est causée par l’incertitude et l’impression de manque de contrôle sur les évènements. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent aujourd’hui de la situation « Coronavirus » pour ces raisons et la santé mentale peut en souffrir.  Parmi les signes à surveiller se trouvent l’irritabilité, le sentiment d’impuissance, la tristesse, la frustration, les troubles du sommeil, la peur extrême pour la santé, les difficultés de concentration, l’aggravation de problème de santé préexistants, l’augmentation de la consommation d’alcool, de tabac, ou d’autres drogues, ou encore la fuite face aux nouvelles répétitives et alarmantes martelées jour et nuit par les médias. Ce sont des réactions normales, mais qui peuvent mener à la dépression ou au manque de motivation pour les personnes auparavant fragilisées.

Parmi les personnes qui risquent de particulièrement stresser se trouvent les personnes âgées ou déjà malades, les enfants et adolescents moins bien armés pour gérer leurs émotions, le personnel médical, et bien sûr les personnes déjà affectées par des troubles psychologiques.

Face à ce problème, il faut apprendre à procéder avec méthode :

  • Coupez-vous du flux ininterrompu des nouvelles. Vous savez déjà l’essentiel de ce qu’il faut savoir, inutile de continuer. Débranchez la télé, déconnectez-vous de Facebook, Twitter et les autres, regardez un bon film, lisez un bon livre, faites une partie d’échecs... N’importe quoi mais autre chose.
  • Séparez ce qu’il est possible de contrôler de ce qui ne l’est pas : on peut se laver les mains, garder ses distances, sortir le moins possible, etc. Faites cependant la distinction entre le fait de ne pas sortir pour des raisons de confinement et celui de vous isoler pour cause de dépression.
  • Faire ce qui vous aide à vous sentir plus en sécurité : ce sera différent pour chacun, donc il est inutile de se comparer aux autres. Concentrez-vous sur vous-même et vos besoins tels que vous les ressentez. Si vous voulez juste ne rien faire, c’est ok ! Ne vous sentez pas envahi par les injonctions du moment : faire sa paperasse en retard, son bricolage, son jardin… Ce sont des stratégies utiles à certaines personnes, mais d’autres peuvent aussi juste avoir le besoin de ne rien faire.
  • Sortez si c’est possible, quitte à le faire seul. Une petite marche en forêt, une ballade en voiture, un bain de soleil sur le balcon, etc. Le manque de soleil sur votre peau limite la fabrication de vitamine D par votre organisme, et le manque de vitamine D mène à la dépression.
  • Entretenez votre corps. Faites du sport si possible, évitez l’alcool et le tabac, dormez suffisamment, mangez sainement.
  • Entretenez votre mental. Concentrez-vous sur vos besoins et ceux de vos proches, adonnez-vous à des activités qui vous plaisent et vous détendent.
  • Forcez-vous à rester dans le présent : si vous laissez vous pensées errer dans un futur inquiétant, incertain, dangereux, c’est le moment de vous recentrer sur le présent : ce que vous sentez, voyez, ou faites à cet instant précis. Si le futur est incertain, il est aussi probable que ce que vous imaginez ne se produira pas comme vous l’imaginez. Le présent est une valeur sûre et vous pouvez y faire face.
  • Restez connecté avec les autres. Même en confinement, vous avez la chance, via les technologies modernes, de pouvoir parler et voir d’autres personnes sans bouger de chez vous. Votre famille et vos amis ont aussi un téléphone, un ordinateur, une tablette, etc. Et eux aussi ont besoin de vous parler et de vous voir : aidez-vous en les aidant. Et si vous êtes vraiment seul, ou que ça ne suffit pas, cherchez de l’aide extérieure. Des groupes d’entraide se créent, sur Facebook ou ailleurs. 

    Par exemple, vous avez accès sur notre site à la plateforme COVID19-Soutien, où des psychologues bénévoles offrent un soutien psychologique gratuit et anonyme par chat écrit ou via visio-conférence.

  • logo covid19

Pourquoi ne pas en profiter ?

Sources :

American Foundation for Suicide Prevention AFSP

Centre de Contrôle des Maladies CDC

Vivre dans le présent... mais se projeter dans le temps !

par Grégory Dessart
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Vivre dans le présent... mais se projeter dans le temps

On entend souvent dire qu’il « faut vivre dans le présent », et qu’il « faut faire de la méditation », « être dans l’ici et maintenant » ... Oui, il y a des avantages, notamment émotionnels. Mais cela ne suffit pas à un épanouissement global de soi. En séance, j’utilise des techniques de méditation, mais je ne mise pas tout sur la pleine conscience.

Dans une situation de confinement, il peut arriver assez rapidement qu’on se sente envahi-e par des émotions diverses, que ce soit l’ennui, le sentiment de solitude, la colère, la tristesse, etc. Celles-ci peuvent ressurgir de plus en plus fréquemment lorsqu’on est physiquement isolé-e et enclin-e aux ruminations et aux pensées qui tournent en boucle.

Un geste spontané sera d’essayer - peut-être même sans s’en rendre compte - de se couper de toutes ces émotions parfois difficilement supportables, et peut-être même de rechercher des sensations fortes.

Nous sommes devenu-e-s, pour beaucoup, expert-e-s dans l’ « évitement expérientiel », c’est-à-dire dans le fait d’essayer d’ « annuler » nos émotions non-souhaitées. Diverses stratégies peuvent inclure la distraction en nous focalisant sur autre chose, le divertissement, le blâme de l’autre, la consommation de substances psychoactives, etc. Rien de mal à ça... jusqu’à ce que cela nous crée souffrance.

Oui, vivre dans le présent et embrasser ses émotions, quelles qu’elles soient... et après ? Vivre dans le présent, tout en pensant à prendre des moments pour se projeter, soit dans le futur, soit dans le passé. Se situer dans le temps, avec un avant, un après. Se rendre intimement compte que nos émotions vont et viennent, elles ne durent pas indéfiniment.

Ce type de projections peut, notamment, susciter des émotions agréables et différentes de celles qu’on était en train de vivre, telles que la joie, l’espoir, la réjouissance, la bonté, la gratitude, etc. Par exemple, pensez à vous déplacer dans le temps dans des périodes qui ne sont pas caractéristiques de la situation actuelle, où les difficultés vécues actuellement ne sont pas ou peu présentes. N’oubliez pas, cela dit, de revenir régulièrement ici, dans votre corps. C’est votre point d’ancrage, votre tour de contrôle.

D’autres aspects aidant potentiellement à traverser la situation de confinement actuelle peuvent être abordés durant les séances, selon chaque personne, tels que (mais pas seulement) :

- la structuration de ses journées et la redistribution de l’espace à la maison ;
- comment gérer ses inquiétudes, face à ses proches, face à soi-même ;
- mettre à profit le rôle du corps dans la gestion des émotions et du bien-être ;
- favoriser l’épanouissement de soi, avec des règles du jeu temporairement différentes, en passant par la créativité et la confiance en soi ;
- instaurer de nouvelles routines qui nous conviennent et empêcher celles qui nous sont devenues néfastes ;
- comment ne pas « juste » se laisser guider par les émotions du moment, et atteindre les objectifs fixés par soi ;
- comment redéfinir ses objectifs et faire le deuil d’un calendrier chamboulé ;
- comment rester en lien, que ce soit avec d’autres personnes, avec soi-même, avec une puissance supérieure, avec le monde, etc., quels que soient nos besoins et nos croyances ;
- comment prendre ce temps pour favoriser le développement personnel, ou collectif ;
- comment se sentir entièr-e et cohérent-e dans ses actions au quotidien.

HPI :  définition, signes cliniques, difficultés fréquemment associées, diagnostic et prise en charge

par Florine Oury et Laila Mahou
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HPI, une définition ?

La question du devenir scolaire et social des enfants à haut potentiel intellectuel suscite actuellement un grand intérêt d’un public grandissant, comme parents d’élèves, enseignants, psychologues praticiens, mais aussi les responsables institutionnels (Mouchiroud, 2004a). Néanmoins, Selon Robert et al (2010), une première difficulté est liée à la multiplicité des terminologies et modèles théoriques liés à cette population. Selon Liratni & Pry (2011), surdoués, précoces, prodiges, talentueux, haut potentiel… sont autant de termes pour désigner une même population d’enfants dits HPI, soit Haut Potentiel Intellectuel.  Cependant, la terminologie « haut potentiel intellectuel » semble, quant à elle, à la fois plus neutre et plus proche de la réalité des outils diagnostiques permettant de l’identifier (Liratni & Pry, 2011). Elle est cependant connotée négativement par la société, ce qui crée parfois une souffrance chez les personnes HP : elles doivent garder le silence sur leur condition sous peine de se voir coller des étiquettes et des jugements. Celui qui parle de son HP sera forcément « prétentieux » « vantard » « il se la raconte » « il sait toujours mieux que les autres » « il ramène sa science » etc. Diverses expressions qui amènent ces personnes à se sentir constamment en décalage par rapport aux autres.

Néanmoins, suivant la définition internationale reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), est Haut Potentiel Intellectuel une personne ayant un quotient intellectuel supérieur ou égal à 130. Ce qui représente 2% de la population générale (Robert et al, 2010). Pour rappel, la répartition de la population suit ce qu’on appelle la loi normale, et elle se visualise facilement sur une courbe de Gauss.

 

La moyenne de la population générale se retrouve donc au milieu de la courbe, comprise entre 1 écart-type en moins et 1 écart-type en plus de la moyenne et équivaut à 68.2 % de la population générale. Le HPI se trouve quant à lui au niveau de la zone bleu clair à l'extrême droite de la courbe.

Le Haut Potentiel Intellectuel a fait beaucoup parler de lui depuis des dizaines d’années. Les professionnels ne s’accordent pas toujours autour de cette notion et de l’importance qu’on lui accorde, notamment concernant l'impression de business qui s’est développé sur cette thématique. En effet, être HP n’est pas une maladie ni un diagnostic, il s’agit d’un score attribué à la suite de la réalisation de quelques exercices, ce score étant nettement supérieur au score obtenu par la majeure partie de la population. Il n’en reste pas moins que les personnes HP se retrouvent souvent dans la perception d’un décalage constant d’avec les autres, et peuvent avoir du mal à le gérer. Lorsque ce décalage est trop fort, les personnes HP peuvent avoir besoin d’un accompagnement psychologique, non pas parce qu’elles sont HP mais parce qu’elles se retrouvent en situation de souffrance qui peut donner l’impression que leur vie devient ingérable.

De nombreux spécialistes mettent l'accès sur certains décalages développementaux que l’on retrouve chez les personnes HPI, notamment une « dyssynchronie développementale » qui est une des caractéristiques de cette population à laquelle il faut être attentif. Ces spécialistes avancent que les performances exceptionnelles des enfants HP aux tests d’intelligence peuvent être expliquées par un développement cognitif accéléré. Même si cette accélération peut ne pas être généralisable à d’autres capacités. Et c’est ce décalage entre l’acquisition des performances intellectuelles et celle des autres domaines qui est à l’origine du profil hétérogène des EHPI (enfants haut potentiel intellectuel), et des difficultés psychopathologiques associées (Robert et al., 2010).

Selon Robert et al. (2010), un haut potentiel peut rester latent ou s’exprimer et donner lieu à d’excellentes productions et performances. Si le potentiel intellectuel ne peut être exploité, il peut donner lieu à des difficultés scolaires et psychologiques. Cependant, Robert et al. (2010) précisent que les EHIP ne sont pas systématiquement des enfants en difficulté (vu que seulement un quart à un tiers des EHIP présenteraient des difficultés scolaires), et inversement, les enfants en difficultés scolaire et sociale ne sont pas tous des EHPI.

Robert et al. (2010) avancent également que les EHPI peuvent aussi présenter des difficultés psychoaffectives et comportementales, avec une forte prévalence masculine (à peu près trois à quatre fois plus de garçons que de filles). En effet, les filles auraient un meilleur contrôle de leurs émotions, ce qui leur permettrait d’être moins en souffrance que les garçons. Ainsi, les difficultés et la souffrance peuvent aussi être présentes chez les filles, mais elles ne s’exprimeraient pas d’une manière aussi alarmante et prononcée que chez les garçons, ce qui expliquerait que les filles HPI en difficulté commencent à consulter plus tardivement (Robert et al., 2010).

 Y a-t-il des signes cliniques évocateurs d’un HPI ?

Selon Robert et al. (2010), il n’existe pas de signe d’appel majeur, mais plutôt une constellation de signes mineurs évocateurs ayant une chronologie d’apparition. Les enfants EHPI peuvent présenter ce que Robert et al. (2010) ont nommé une « dyssynchronie intelligence - psychomotricité ». C’est-à-dire que leur développement cognitif est très rapide, notamment dans le domaine de la communication verbale et sociale. Ces auteurs suggèrent que le langage est un bon indice de la précocité intellectuelle chez ces enfants, car il peut apparaître tôt et devenir vite élaboré et riche avec souvent un effort de recherche du mot juste et précis. Selon eux, dès trois mois, le nouveau-né peut rechercher le contact avec son entourage via des vocalisations. Ses premiers mots apparaissent vers 12 mois et ses premières phrases vers 24 mois, suivent ensuite des questionnements existentiels sur l’origine du monde, le sens de la vie, et l’apparition des angoisses liées à la mort…. Robert et al. (2010) avancent que ces enfants HPI acquièrent rapidement la lecture, parfois de manière autodidacte, le plus souvent avant l’âge de quatre ans. Néanmoins, certaines aptitudes psychomotrices des EHPI peuvent ne pas être toujours à la hauteur de leurs capacités intellectuelles, et l’acquisition de l’écriture peut survenir tardivement, tout comme celle des gestes de la vie quotidienne, comme s’habiller par exemple. Mais donc, tout comme tous les enfants, il existe une grande variabilité interindividuelle dans le développement.

Robert et al. (2010) lient ce retard à la dyssynchronie « intelligence - psychomotricité » et à un déficit de persévérance chez ces enfants. Quant aux enseignants, ils rapportent chez ces enfants certaines spécificités cognitives, comme le fait de traiter les problèmes de manière globale au lieu d’une démarche séquentielle. Il en résulte que ces enfants peuvent donner des réponses très rapides mais sont incapables d’en expliquer la démarche. Robert et al. (2010) expliquent que le raisonnement des EHPI est accompli sans grand effort, cependant, les demandes académiques d’apprentissage sollicitant des détails d’explication peuvent leur faire blocage. Ils peuvent ainsi échouer aux tâches impliquant une certaine persévérance et rigueur à cause de l’ennui, mais aussi à cause d’une méthode de traitement lacunaire. Ceci aura un retentissement sur l’écriture et sur leur investissement scolaire.  Selon Robert et al. (2010), ces enfants peuvent aussi souffrir d’un mauvais développement des aptitudes sportives, ce qui est susceptible de favoriser leur mise à l’écart du groupe des pairs.

Robert et al. (2010) suggèrent que l’intelligence de l’EHPI lui procure une compréhension profonde des situations affectives d’autrui, ainsi que de son état affectif interne, ce qui peut submerger l’enfant et augmenter davantage son anxiété. Cette hypersensibilité émotionnelle n’est pas toujours comprises par certains adultes qui peuvent décrire l’enfant HPI, à tort, comme immature sur le plan affectif et émotionnel. Mouchiroud (2004) évoque également ce décalage entre maturation affective et intellectuelle, ce qui crée une tension interne très forte, à laquelle l’enfant HPI pourrait difficilement faire face seul.

Concernant les interactions familiales, Mouchiroud (2004) affirme que des parents ayant des attentes inférieures au potentiel de l’enfant HPI ne lui offriront probablement pas un environnement suffisamment stimulant. Ou à l’inverse, les attentes de certains parents peuvent être excessives, surtout lorsque les résultats scolaires prennent une place trop importante, aux dépens d’autres activités plus agréables et plus stimulantes, sur le plan artistique ou social (Mouchiroud, 2004).

La dyssynchronie socialeporte sur un décalage entre le développement cognitif et le développement social, et peut, selon Robert et al. (2010), causer d’énormes difficultés, voire un profond désarroi et conduire au développement d’un sentiment d’impuissance, dans l’environnement scolaire, familial et social des EHPI. Surtout que, du fait de son grand potentiel intellectuel, la curiosité́ de l’EHPI demeure insatiable et ses questions existentielles permanentes peuvent déstabiliser la famille, fragiliser l’assise parentale et susciter la mise à l’écart de l’enfant. Les enseignants peuvent également être déconcertés par l’EHPI qui, en apparence, n’a pas le même rythme d’apprentissage que le reste de la classe, et demeure très à l’aise à l’oral, mais présentant certaines difficultés dans ses productions écrites. Certains EHPI peuvent aussi être agités, insolents, voire agressifs tout en gardant la capacité de répondre correctement quand ils sont interrogés (Robert et al., 2010).

Concernant ses interactions avec les pairs, Robert et al. (2010) avancent que l’EHPI recherche le contact d’enfants plus âgés que lui, et s’intéresse à des jeux plus complexes que ceux pratiqués par les enfants de son âge. Ainsi, il est menacé en permanence d’être exclu du groupe de pairs, qui le perçoit comme trop intellectuel, aux centres d’intérêts décalés, et incapable de suivre les activités proposées par le groupe de son âge. En bref, il paraît comme pas drôle ni amusant.

Selon Mouchiroud (2004), les enfants et adolescents HPI souhaitent avoir des interactions sociales normales, mais ils apprennent assez vite que leurs pairs vont les traiter différemment lorsqu’ils auront connaissance de leurs capacités intellectuelles développées. Par conséquent, ils apprennent à manipuler les informations les concernant afin de maintenir des interactions sociales normales, en cachant par exemple leurs très bons résultats scolaires. Ces conduites peuvent mener l’enfant à abaisser volontairement ses performances, et négliger ses devoirs pour se faire accepter par le groupe de pairs et éviter le rejet. Il développe au passage des capacités d’adaptation et démontre des compétences dans la compréhension du fonctionnement social.

Pour Liratni & Pry (2011), l’inadaptation sociale se manifesterait principalement chez cette population par l’isolement (inhibition, anxiété́, dépression) et l’agressivité́ (troubles du comportement, oppositions, provocations). Ces deux types de comportements peuvent être regroupés par une notion plus générale, celle de dys-ajustement social. Selon ces auteurs, certains enfants HPI auraient plutôt tendance à répondre de la manière la plus élaborée, sans inhibition, ce qui les amènerait à considérer l’adulte comme un pair. Ils peuvent avoir ainsi - inconsciemment -  un problème de respect de l’autorité́ et des conventions sociales envers les adultes. Ce qui aurait des conséquences importantes sur leur socialisation, mais aussi sur leur interaction mutuelle avec le groupe des pairs, vu que leurs réponses seront toujours plus élaborées que celles des enfants du même âge.

Les difficultés émotionnelles

Selon Robert et al (2010), dès trois ans, ces enfants sont envahis par des questionnements existentiels autour de la vie et de la mort, par leur ressenti vis-à-vis des situations relationnelles, mais aussi sociales très anxiogènes. Cette anxiété́ est quasi constamment associée aux troubles du sommeil. L’EHPI est susceptible ainsi de rentrer dans un processus d’hyper intellectualisation pour satisfaire un idéal d’intelligence, mettant à l’écart ses ressentis émotionnels et affectifs.

Robert et al. (2010) avancent que 2 à 3 % des EHPI souffrent notamment de troubles obsessionnels compulsifs, ainsi que d’une anxiété́ de performance avec un échec scolaire et une exclusion du groupe des pairs, qui est susceptible d’évoluer vers une phobie scolaire, provoquant un haut risque de déscolarisation.

Dans la même optique, certains enfants HPI confrontés à une énorme pression de réussite par leur entourage montrent une sensibilité́ accrue vis-à-vis de l’échec, ce qui peut évoluer vers une anxiété́ de performance, à haut risque d’auto-dévalorisation conduisant à l’échec scolaire. Ainsi, l’estime de soi scolaire et générale sont significativement altérées chez l’EHPI, et cette perte de l’estime de soi fait partie des symptômes de dépression de l’enfant, il en résulte que la dépression est plus fréquente chez les EHPI, surtout que leur sentiment de rejet (par l’entourage familial et scolaire) contribue fortement à l’émergence d’un état dépressif. Robert et al. (2010) précisent que les EHPI de huit à dix ans, grâce à leur maturité́ intellectuelle, sont susceptibles de faire leur entrée à l’adolescence plus tôt que leurs pairs. Les comportements d’opposition surviennent ainsi plus tôt et risquent de ne pas être compris par les parents et les proches.

De même, ces enfants EHPI doivent souvent faire le deuil des facilités d’apprentissage et des idéaux, par manque de méthode d’analyse et traitement séquentiel, ce qui est susceptible d’évoluer vers l’autodépréciation et la culpabilité́. (Robert et al, 2010).

Concernant le lien des EHPI avec le TDA/H (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité), Robert et al. (2010) explique que ces enfants répondent généralement très rapidement aux questions, parfois même avant la fin de la question, ce qui est souvent associé à de l’impulsivité et un manque d’attention, la vivacité d’esprit pouvant passer là pour un trouble alors qu’il n’en est rien.

En revanche, d’après Mouchiroud (2004), l’inadaptation sociale des enfants HPI peut se traduire de deux façons, soit par des comportements inhibés, ou au contraire par une grande agitation pouvant conduire à des comportements agressifs.

Finalement, Robert et al. (2010) tirent la sonnette d’alarme sur le fait que les EHPI non reconnus et pris en charge peuvent finir par utiliser une stratégie consistant à minimiser leur potentiel intellectuel pour ne pas se marginaliser, pour correspondre aux représentations qu’ont leurs enseignants, ce qui peut les mener vers l’échec scolaire. Benbow & Stanley (1996) soulèvent aussi le fait que certaines stratégies d’enseignement peuvent mener l'étudiant doué vers la médiocrité plutôt que l’amener vers un développement personnel optimal.

Néanmoins, selon Liratni & Pry (2011), les enfants HPI identifiés ne présentent pas tous des troubles psychologiques, et il est probable que les enfants HPI présentant des désordres psychopathologiques constituent un sous-groupe particulier non représentatif de la population générale d’enfants HPI.

 En résumé, selon Robert et al (2010), le début de la scolarisation de certains enfants HPI peut les freiner du fait de leur sentiment d’incompréhension et désarroi face aux pairs et des enseignants. Ils peuvent alors se réfugier dans un refus scolaire susceptible d’entrainer une phobie scolaire, ou encore évoluer vers un tableau anxiodépressif. S’ensuit une deuxième période critique qui se situe à la fin du collège, durant laquelle le haut potentiel de ces enfants ne suffit plus à assurer une réussite scolaire, du fait de l’absence de méthode et de persévérance, ce qui les dessert fortement, étant habitués à réussir auparavant sans grand effort.

Prise en charge des enfants HPI 

Robert et al. (2010) suggèrent alors que, malgré le haut potentiel intellectuel dont bénéficieraient les enfants surdoués, certains d’entre eux peuvent présenter une souffrance psychique réelle, justifiant une prise en charge adaptée, aux niveaux à la fois pédagogique et thérapeutique.

Sans une aide psychologique spécifique, ces enfants seraient trop souvent destinés à l’isolement social, car leur niveau d'intégration sociale inférieur, leurs problèmes émotionnels et leur image de soi dévalorisée les handicapent dans la construction de relations sociales stables et durables (Mouchiroud, 2004).

Quand à Robert et al (2010), ils préconisent une identification précoce du potentiel de ces enfants pour pouvoir les accompagner au mieux dans la compréhension de leur fonctionnement. Liratni & Pry (2011) rapportent qu’en l’absence de dépistage systématique du HPI, aucun résultat d’étude n’est de toute façon généralisable à l’ensemble de la population HPI.

Pour Robert et al. (2010) cependant, une identification HP sans accompagnement thérapeutique en conséquence peut être dévastatrice, car elle peut alimenter chez certains enfants HPI un sentiment de supériorité vis-à-vis du groupe de pairs ou de la fratrie. Selon Liratni & Pry (2011), une trop grande centration sur soi a une influence négative sur l’ajustement socio-affectif. L’idée est surtout, selon Robert et al (2010), de mieux comprendre le profil psychologique de chaque enfant HPI afin de disposer de plus d’éléments pour le choix de sa prise en charge. L’évaluation cognitive, socio-affective et comportementale devrait permettre de dépasser les mesures basiques du quotient intellectuel « QI », et de proposer une prise en charge globale, au niveau scolaire, familial et social, adaptée aux besoins de ces enfants et de leur entourage, et une approche axée sur la réassurance et sur la revalorisation des compétences sociales peut être très bénéfique pour les EHPI. Reste, selon Robert et al (2010), qu’un repérage précoce, à partir de connaissance des signes cliniques, et la création d’un réseau de communication entre famille, professionnels de l’établissement scolaire et professionnels en soin et santé mentale, sont des conditions nécessaires à une bonne prise en charge de ces enfants. Selon Liratni & Pry (2011), les tests de QI, largement utilisés dans l’identification des enfants HPI, ne donnent pas d’informations sur la vitesse de développement, et ne permettent pas de parler de précocité. En revanche, un score QI élevé peut mettre en évidence une bonne efficience du système cognitif.

L’adaptation des outils psychométriques est primordiale. Certains auteurs insistent sur le fait que les critères d'évaluation utilisés par les écoles sont trop superficiels pour être utilisés avec des élèves très doués, car la plupart des instruments d'évaluation utilisés ont des « plafonds bas », en d’autres termes, ils ne sont pas suffisants pour saisir l'étendue des capacités des élèves HPI. Les tests sont beaucoup trop faciles pour eux, de sorte que l'ensemble du groupe obtient un score au sommet de l'échelle, et l'observateur ne peut pas faire la distinction entre les résultats exceptionnels et les résultats normaux au sein d'échantillons intellectuellement précoces (Benbow & Stanley, 1996).

En conclusion, l’enfant HPI présente généralement des performances normales supérieures, voire très supérieures aux enfants de même âge en terme d’ajustement social, de raisonnement moral, de stratégies de coping pour faire-face à des situations sociales stressantes, et plus largement pour comprendre les cognitions sociales (Liratni & Pry, 2011). Ainsi une prise en charge de ces enfants au niveau tant psychologique que pédagogique ne peut être que bénéfique pour leur bon développement. Une évidence pour tout le monde, l’on se sent tellement mieux lorsque l’on se sent compris !

L’environnement scolaire tient lui aussi une place centrale dans l’accompagnement des enfants HPI. En premier lieu, il peut être conseillé d’orienter la prise en charge des enfants à haut potentiel suivant le principe de l’accélération, de l’enrichissement ou du regroupement en comprenant et acceptant de répondre aux besoins des élèves d’aller au-delà des directives du programme scolaire (Mouchiroud, 2004).

La prise en compte du haut potentiel par une adaptation pédagogique - que ça soit par accélération du cursus scolaire, enrichissement du programme, ou regroupement des enfants HPI dans une même classe - permettrait également de maintenir ou d’améliorer la socialisation de ces enfants HPI (Liratni & Pry, 2011).

Mais sans pathologiser quoi que ce soit, il est intéressant de noter tout de même que de nombreux enfants HPI ne seront jamais identifiés et s’adapteront à un cursus scolaire tout à fait ordinaire (Liratni & Pry, 2011).  Tant qu’il n’y a pas de souffrance, il n’y a pas de problème…

Florine Oury, psychologue FSP & Laila Mahou, psychologue stagiaire

Bibliographie

Benbow, C. P. & Stanley, J. C. (1996). Inequity in equity : How « equity » can lead to inequity for high-potential students. Psychology, Public Policy, and Law, 2(2), 249‑292. https://doi.org/10.1037/1076-8971.2.2.249

Liratni, M. & Pry, R. (2011). Enfants à haut potentiel intellectuel : Psychopathologie, socialisation et comportements adaptatifs. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence, 59(6), 327‑335. https://doi.org/10.1016/j.neurenf.2010.11.005

Mouchiroud, C. (2004a, b). Haut potentiel intellectuel et développement social. Psychologie Française, 49(3), 293‑304. https://doi.org/10.1016/S0033-2984(04)00045-7

Robert, G. Kermarrec S., Guignard, J.-H. & Tordjman, S. (2010). Signes d’appel et troubles associés chez les enfants à haut potentiel. Archives de pédiatrie 17 1363–1367. Doi : 10.1016/j.arcped.2010.05.019.

Formation à l'approche centrée sur la personne

par Florine Oury
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J'ai commencé depuis le mois de décembre la formation à l'approche humaniste proposé par la société PCA.ACP Suisse Romande.

Après un aperçu théorique, les participants ont eu le bonheur de participer au premier weekend de rencontre proposé par la formation. Ce fût 3 jours intenses, très chargés émotionnellement. Chacun a pu vivre et ressentir, partager, se questionner. La meilleure façon pour apprendre, c'est de le vivre.

C'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que j'entame ce parcours de futur psychothérapeute humaniste.

https://tamadeus.ch/presentation/approche-humaniste